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Tuberculose

Publié le 12/05/2011

Tuberculose bovine et faune sauvage

Tuberculose bovine et faune sauvage - l'ANSES rend ses conclusions

Le rapport de l’Anses qui fait suite à une saisine de la DGAL sur les risques pour les bovins domestiques liés à la tuberculose dans la faune sauvage et sur les moyens de maîtrise envisageables, est paru vendredi dernier. Ce rapport apporte des éléments de réponses au débat sur le rôle de la faune sauvage dans la transmission et/ou le maintien de la tuberculose bovine dans certains foyers domestiques.

Il peut être téléchargé sur le site de l'ANSES grâce à ce lien :
http://www.anses.fr/Documents/SANT2010sa0154Ra.pdf

En France, la tuberculose bovine, maladie importante en santé animale et en santé publique, connaît, depuis quelques années et dans certaines zones, une recrudescence. Les foyers en élevage bovin apparaissent donc plus nombreux sans qu’il soit possible de toujours bien identifier s'il l'on est confronté à une réémergence vraie ou de la détection d'une infection latente qui aurait persisté. Pour compliquer les choses, dans certaines zones, l’infection par M. bovis d'animaux sauvages a également été mise en évidence au cours des dernières années !

Cette situation est très inquiétante si on se réfère à celle observée dans certains pays européens (îles britanniques) qui, bien qu’ayant été très proches de l’éradication, ont actuellement une situation aussi bien en élevage que dans la faune sauvage très dégradée. Si, en France, une évolution semblable devait survenir, elle remettrait en question les efforts entrepris depuis plus de 50 ans pour lutter contre la tuberculose bovine. Mais l'Anses souligne qu'il est important de savoir raison garder : actuellement, en France, et exception faites des cervidés en forêt de Brotonne, les bovins domestiques demeurent le réservoir primaire de l’infection à M. bovis. L’éradication la plus rapide possible de l’infection en élevage reste le meilleur moyen de lutter contre cette maladie. Néanmoins, dans les zones où la faune sauvage a été trouvée infectée, le risque que les bovins contractent la tuberculose à partir de cette faune sauvage n’est pas nul. Ces risques, pour les bovins de contracter la tuberculose à M. bovis à partir de la faune sauvage sont actuellement, en France métropolitaine, liés à l’infection de trois espèces sauvages : le sanglier, le blaireau et le cerf. Ces animaux sauvages n’ont, pour l’instant, été trouvés infectés que dans des zones géographiques où des foyers de tuberculose bovine persistaient. Il est donc très probable, à l’instar de ce qui a pu être observé à l’étranger, que la faune sauvage en France se soit initialement contaminée auprès des bovins.

Les modalités, les circonstances et l’importance des contaminations entre animaux domestiques et sauvages sont complexes et dépendent de nombreux facteurs : l’importance de la prévalence de l’infection des différentes espèces, la densité des espèces sauvages, leur éco-éthologie, la structure paysagère locale, mais également la densité des espèces domestiques présentes sur les mêmes biotopes et les pratiques d’élevage. Ces éléments sont de nature à expliquer la diversité des situations épidémiologiques rencontrées en France actuellement.

Pour l'Anses, compte tenu des taux d’infection encore relativement peu élevés de la faune sauvage en France et du caractère localisé de ces infections, la priorité est d’éviter que l’infection ne se pérennise dans les populations de sangliers ou de blaireaux en conduisant à la création d’un réservoir primaire comme cela a pu être observé dans d’autres pays (par exemple, le blaireau en Grande-Bretagne et le sanglier en Espagne).

 « Quelles seraient les densités optimales des principales espèces sauvages affectées (sangliers, chevreuil, cerfs, blaireaux) qui permettraient d’atténuer le risque de constitution de cycle épidémiologique de tuberculose bovine dans la faune sauvage sans compromettre l’équilibre démographique des populations ? »


Les observations faites en France sont totalement cohérentes avec les données acquises et les estimations de risque faites à l’étranger. Le maintien de densités de sangliers inférieures à 10 sangliers/ km² avant la saison de chasse devrait contribuer a priori à limiter le risque de constitution de cycles sauvages de tuberculose, mais ces préconisations sont à adapter, comme pour les autres espèces, aux contextes environnementaux, démographiques et épidémiologiques locaux.

Le cerf, espèce très sensible à l’infection à M. bovis, est capable de développer et de maintenir la tuberculose à des niveaux de densité de population inférieurs à ceux du sanglier. Les massifs hébergeant les densités les plus fortes (cinq à huit animaux/ km 2 , voire seulement trois à cinq animaux/ km 2 ) peuvent constituer des zones à risque, s’ils sont situés à proximité de zones d’infection bovine, mais chaque situation doit être étudiée localement, en fonction du contexte environnemental.

Il n’est pas possible aujourd’hui d’avancer un chiffre de densité à risque chez le blaireau et, dans l’attente d’études complémentaires, les situations devraient être gérées au cas par cas en appliquant, par précaution, une régulation des populations vivant à proximité de cheptels bovins infectés ou en cours d’assainissement afin de ne pas laisser s’installer un schéma incontrôlable comme celui observé dans les îles britanniques.

Les notions de densités ne sont pas abordées pour les espèces chevreuil et renard qui, pour l’instant, jouent un rôle marginal dans l’épidémiologie de la tuberculose.

 « Quelles mesures de maîtrise de facteurs de risque seraient les plus efficientes pour réduire les risques d’interactions infectantes entre bovins et faune sauvage (sangliers, cerfs, blaireaux) ? »

Afin de rompre le cycle épidémiologique de la tuberculose à M. bovis entre les populations sauvages et domestiques, les méthodes de lutte devraient comprendre plusieurs types de mesures :

 la poursuite de l’éradication et du contrôle de l’infection dans la population domestique ;

 la réduction de la transmission entre populations sauvages et domestiques en limitant leurs interactions. Ainsi, dans les fermes, il convient notamment de limiter l’accès des lieux de stockage et de distribution de l’aliment à la faune sauvage. Dans les pâtures et bien que ce soit beaucoup plus difficile à réaliser, il convient de limiter l’accès des blaireaux, sangliers et cervidés à toute source d’aliment ou d’abreuvement (éviter de
nourrir les bovins au sol, suspendre les blocs de sels minéraux), de surveiller toute trace d’activité des blaireaux (passage fréquent, latrines), sangliers et cervidés pour limiter l’usage de certaines pâtures, de retirer tout cadavre de blaireau, de bien séparer les pâtures de la forêt, de limiter au maximum le surpâturage et de mettre en place des clôtures empêchant le plus possible les contacts directs et indirects entre bovins et faune sauvage sensible. Ceci peut réduire également les risques de mouvements non prévus de bovins entre pâtures ;

 la maîtrise de l’infection dans les populations d’animaux sauvages en :
 limitant les facteurs d’agrégation tels que l’agrainage à poste fixe des sangliers et l’affouragement des cervidés, qui devraient être proscrits ;
 réduisant les densités d’espèces sauvages concernées pour diminuer les contacts intra et interspécifiques, jusqu’à des niveaux indiqués dans la réponse à la question n°1 ;
 limitant le recyclage des matières virulentes, notamment par le ramassage systématique de tous les viscères d’animaux chassés.

L’éradication du réservoir sauvage primaire, quand il existe (comme le cerf en forêt de Brotonne par exemple), et quand cette éradication est possible, constitue également une méthode de choix.

Une réflexion adaptée sur la gestion cynégétique des ongulés s’impose.

Enfin, la mise en œuvre d’une vaccination dans des zones et avec un protocole adaptés, peut venir compléter et améliorer l’efficacité des mesures précédemment citées.

« Si des opérations de piégeage ou de destruction des terriers de blaireaux sont retenues en réponse à la question précédente, quelles seraient les conditions en terme de couverture géographique et d’intensité de piégeage pour que ces actions soient efficaces ? »


Plusieurs types de secteurs géographiques, conduisant à la mise en œuvre de mesures différentes, méritent d’être distingués :

 Les secteurs où l’infection par M. bovis dans la population sauvage ou domestique ne emble pas présente, et où certaines mesures de surveillance de la faune sauvage pourraient être cependant mises en place ;

 Les secteurs où quelques cas sporadiques de cheptels bovins infectés ont été détectés (ou secteurs limitrophes de départements à haut risque) sans que des blaireaux aient été reconnus infectés par M. bovis. Dans ces secteurs une surveillance épidémiologique régulière des blaireaux devrait être entreprise ;

 Les secteurs où des foyers de tuberculose bovine sont identifiés régulièrement chez les bovins (situation enzootique) et où des blaireaux ont déjà été reconnus infectés par M. bovis. Dans ces secteurs, plusieurs zones avec des mesures différenciées devraient être créées :
 une zone d’abattage intensif (zone de régulation) et durable (au moins quatre années de suite) de tous les blaireaux dans un rayon d’un kilomètre autour des foyers bovins identifiés. Cette zone pourrait être étendue en cas de foyers coalescents (distance entre les foyers inférieure à sept kilomètres) et dans ce cas, les limites de cette zone étendue devraient, autant que faire se peut, s’appuyer sur des barrières naturelles. La surveillance de l'infection des blaireaux devrait être poursuivie dans cette zone étendue, sur un échantillon représentatif de blaireaux tués en ciblant les analyses sur les animaux adultes ; une zone "tampon" de 5 km de rayon devrait être créée autour de la zone d'abattage intensif. Dans cette zone, il est indispensable de s'assurer par une surveillance de l'absence d'infection des blaireaux (échantillonnage représentatif) que les perturbations provoquées par l'élimination des blaireaux dans la zone d'abattage intensif ne conduisent pas à des mouvements d'animaux vers l'extérieur provoquant, de ce fait, une extension des zones d’infection ;
 dans des zones particulières à plus forte densité de blaireaux, à prévalence élevée d'infection dans les élevages bovins et à fortes interactions reconnues ou soupçonnées entre espèces domestiques et sauvages, l'Anses recommande un programme de vaccination des blaireaux par le BCG injectable à entreprendre dans et immédiatement autour de la zone tampon, si la surveillance révélait dans cette zone une diffusion de l'infection à M. bovis par les blaireaux.

L’ensemble de ces opérations de surveillance et de régulation devraient être suivies de manière détaillée afin d’en tirer les meilleurs enseignements pour l’adaptation des stratégies ultérieures.

Enfin, il convient d’envisager dès aujourd’hui l’éventualité d’un recours à la vaccination des blaireaux (en complément des mesures d’abattage) en entreprenant les démarches indispensables à l’importation du vaccin BCG britannique et en initiant des travaux expérimentaux en collaboration avec les équipes britanniques en pointe sur ce sujet.

Source : extraits rapport Anses

SANT2010sa0154Ra.pdf