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Varroa

Bilan de la lutte régionale en 2016

Derniére mise à jour le : 28/11/2017

Enquête sur les pratiques de lutte contre Varroa destructor

Un questionnaire, envoyé à plus de 7000 apiculteurs de la région Rhône-Alpes, au cours de l'hiver 2015, a permis de faire le point sur les pratiques en matière de lutte contre l'acarien.

Typologie des répondants :

La très grande majorité des répondants sont des apiculteurs dits « de loisir » (68%), pratiquant une apiculture conventionnelle (90%) et sédentaire (86%).
Cette répartition dans le nombre de répondants est en cohérence avec la proportion amateurs/professionnels, en France (recensement agricole 2010 : 30 % d'apiculteurs ayant au moins 10 ruches).

 
Graphique 1 : répartition des apiculteurs répondant en fonction du nombre de ruches détenues

Stratégie de traitement médicamenteuse :

Très peu d'apiculteurs n'ont recours à aucun traitement (1% des répondants) et lorsqu'ils traitent, ils utilisent 1 traitement annuel dans 63% des cas et 2 traitements annuels dans 31% des cas.

L'Apivar® est encore très largement utilisé (61% des traitements mentionnés). Les traitements hors AMM (autres que Acide oxalique) représentent 10% des ces derniers, dont certains peuvent être dangereux pour la santé humaine.

Globalement, les premiers traitements appliqués au cours de la saison sont assez tardifs : il sont principalemet réalisés au cours des mois d'Août (53%)  et Septembre (25%), ce qui représente un risque lorsque l'on constate parallèlement que les acaricides les plus fréquemment utilisés mettent plusieurs semaines avant d'atteindre leur pleine efficacité. 

L'évaluation de la qualité des méthodes d'application des traitements est très subjective et également très compliquée, par manque de précisions dans les données. Il semble cependant que dans de nombreux cas (20 à 56% des cas), les traitements soient appliqués hors des indications de l'AMM.

Graphique 2 : Répartition des différents traitements utilisés par les apiculteurs répondant

Stratégie de lutte zootechnique :


Les mesures zootechniques semblent être peu utilisées (22% des répondants). Le manque de retour sur cette question (40% des répondants) suggère une méconnaissance de ces mesures. 27%  évoquent l'utilisation de plateaux grillagés mais il n'a pas été précisé les raisons de cette utilisation.

De plus, peu d'apiculteurs mettent en place un suivi d'infestation (40% seulement des répondants) et près des 3/4 d'entre eux le font par comptage de chute naturelle. Une faible part recherche varroa dans le couvain de mâle (sans préciser s'il y a ou non quantification) ou utilise une autre méthode (comptage suite à l'application d'un traitement acaricide ou contrôle visuel, trop tardif pour être utilisé comme méthode de suivi du niveau d'infestation). Les traitements sont donc souvent faits « à l'aveugle »
Trop peu d'apiculteurs vérifient également l'efficacité de leur traitement (25% des répondants) ce qui peut poser de sérieux problèmes au cours de l'hivernage, surtout lorsqu'un seul traitement annuel est pratiqué.

Enfin, il n'a pas été possible de faire le lien entre mortalités hivernales ou en saison et traitement utilisé ou nombre de ruches détenues par manque de données exploitables.

A l'issue de cette enquête, il est une conclusion positive évidente : la plupart des apiculteurs sont conscients de la menace que représente varroa et ont recours à un traitement. Cependant, deux axes principaux d'amélioration se dégagent : la nécessité de pratiquer des suivis d'infestation afin de raisonner les interventions sur les colonies, ainsi que le besoin de sensibiliser les détenteurs aux bonnes pratiques de lutte.

Ainsi, au cours de la saison 2016, le premier suivi d'infestation a été coordonné par la section apicole régionale.

Plan collectif de lutte contre Varroa : retour sur le suivi d'infestation 2016


Un réseau d'apiculteurs Rhône-alpins a réalisé des comptages de varroas phorétiques sur la saison 2016. 4 comptages ont été réalisés à différentes périodes :
-    Mi avril-mi mai,
-    Fin juin,
-    Août,
-    Et début octobre

Au total 23 apiculteurs, répartis sur la région Rhône-Alpes, ont pratiqué ce suivi. 14 d'entre eux ont réalisé les 4 comptages recommandés dans le protocole, dont 3 ruchers école.

Ce suivi a été initié dans le cadre du programme de lutte contre varroa dans lequel s'est engagée la section apicole du GDS Rhône-Alpes. Il a pour objectif de systématiser le suivi d'infestation, auprès de tous les apiculteurs et de le promouvoir en tant qu'outil de bonne pratique afin d'adapter les méthodes de lutte contre varroa en fonction des besoins.

Ce suivi est amené à être reconduit la saison prochaine, selon des modalités différentes (notamment en ce qui concerne la méthode de comptage employée et la communication des résultats de ce suivi).
Et vous ? Serez-vous des nôtres l'an prochain ?


LE RESEAU

Les « compteurs »














Figure 1 : répartition des apiculteurs participant au suivi d'infestation régional 2016

La répartition des participants a été la suivante :

Tableau I : Répartition des participants par département au cours de la saison
Département Comptage 1 Comptage 2 Comptage 3 Comptage 4
Ain 1 1 1 1
Ardèche 2 1 1 1
Isère 3 4 4 4
Loire 5 4 3 3
Rhône 2 2 1 0
Savoie 4 4 4 4
Haute-Savoie 5 2 4 4
TOTAL 22 18 18 17

Les « comptées »

Chaque participant a évalué l'un de ses ruchers. Pour ceci, il a échantillonné un nombre de ruche à tester en fonction de la taille de ce dernier (l'échantillon permettant d'obtenir une moyenne du taux d'infestation qui soit représentative du rucher). Les colonies ont ensuite été choisies, « au hasard », parmi les colonies aptes à produire.

Au total, les comptages ont été réalisés sur une moyenne de 99 colonies, et ont représenté une moyenne de 269 ruches.  Le nombre de colonies testées n'a pas été constant sur la saison en fonction du nombre de participants à chaque comptage, comme l'indique le tableau suivant :

Tableau II : Répartition du nombre de ruches testées (et représentées) par département au cours de la saison

Département Comptage 1 Comptage 2 Comptage 3 Comptage 4
Ain 5 5 5 5
Ardèche 13 5 6 5
Isère 19 23 22 24
Loire 25 20 18 18
Rhône 7 6 5 0
Savoie 22 23 20 23
Haute-Savoie 23 11 18 17
TOTAL 114 93 94 92


LES RESULTATS

Le choix des dates de comptage pour le suivi de la pression parasitaire au sein des colonies n'a pas été anodin. L'objectif étant de faire ce suivi à des dates clés :
  • A la visite de printemps (pour la saison 2016 il n'a cependant pas été possible, pour des raisons logistiques de démarrer les mesures au moment voulu), afin de juger de la nécessité d'une éventuelle intervention précoce,
  • En cours de saison, entre deux miellées, afin d'identifier les colonies potentiellement à risque et décider, ou non de les maintenir dans le circuit de production,
  • En fin de saison : avant et après les traitements d'été afin de vérifier leur efficacité et d'objectiver, ou non, la nécessité d'une intervention hivernale.

A l'échelle de la colonie

Seules les colonies pour lesquelles tous les comptages ont été effectués ont été prises en compte ici, soit 74 colonies au total.

Tableau III : Evolution du nombre de ruches en fonction de leurs résultats de comptage au cours de la saison
Nombre de ruches (et %) dont le taux d'infestation est Comptage 1 : Avril-Mai Comptage 2 : Juin Comptage 3 : Août Comptage.4 : Octobre
Inférieur à 1% (i.e 1VP/100 abeilles) 57 (77%) 66 (89%) 53 (72%) 54 (73%)
Compris entre 1 et 3 % (i.e 1 à 3VP/100 abeilles) 12 (6%) 6 (8%) 11 (15%) 13 (18%)
Supérieur à 3% (i.e 3VP/100 abeilles) 5 (7%) 2 (3%) 10 (13%) 7 (9%)


Les résultats présentés dans le tableau III sont d'interprétation délicate, par manque de données. Au sujet des colonies testées, on retiendra quand même que :
  • la période entre les comptages 1 et 2 montre une augmentation globale de la proportion de ruches ayant un faible taux d'infestation et, parallèlement, une diminution de la proportion de ruches dont le taux d'infestation est important pour la saison. Nous ne disposons pas de tous les éléments pour pouvoir interpréter ces données : intervention de l'apiculteur ? essaimage ? etc
  • la période avant les traitements (comptage 3) est une période dite « critique » en termes de pression parasitaire. Il est donc nécessaire d'intervenir au plus tôt, par l'utilisation d'un traitement médicamenteux, juste après la dernière miellée, et idéalement, avant la fin du mois d'août.

Graphique 3 : Evolution des taux d'infestation des colonies au cours de la saison (données issues des résultats de comptage de 74 colonies)

Le graphique 3 ne permet pas une interprétation fine des résultats. Il est tout de même intéressant dans la mesure où il met en évidence :
  • la variabilité dans l'évolution du taux de parasitisme, d'une colonie à l'autre,
  • l'augmentation nette du niveau d'infestation en fin de saison,
  • la diminution des niveaux d'infestation suite à la mise en place du traitement,
  • la persistance de l'augmentation des taux d'infestation malgré les traitements pour quelques colonies. Attention : pour la quasi-totalité des comptages effectués à cette période, les mesures ont été réalisées bien avant 10 semaines d'application de lanières d'Apivar®. Ce constat permet de souligner l'importance de réaliser un suivi avant ET au terme de la période de traitement, afin de vérifier son efficacité, de s'assurer que le niveau de parasitisme est maintenu en-dessous d'un seuil qui pourrait être dommageable pour la colonie avant sa mise en hivernage et de juger enfin de la nécessité d'un traitement hivernal.

A l'échelle du rucher

L'évaluation de la pression parasitaire à l'échelle d'un rucher, permet de faciliter le travail de l'apiculteur en disposant de données représentatives, sans pour autant avoir à mesurer la pression parasitaire au sein de chaque colonie. Comme évoqué précédemment, un plan d'échantillonnage avait été mis à disposition des participants.

Seuls les ruchers au sein desquels l'échantillonnage des colonies permettait une bonne représentativité du rucher ont été pris en compte ici, soit 10 ruchers au total.

Les conclusions de l'analyse des résultats à l'échelle des ruchers sont assez similaires à celles qui ont été présentées à l'échelle des colonies. Ce qui est en adéquation avec nos attentes.



QUELQUES DONNEES TIREES DE LA BIBLIOGRAPHIE...

Les seuils

Les niveaux d'infestation par Varroa destructor ne doivent pas dépasser un certain seuil, à partir duquel la pression parasitaire deviendrait dommageable pour la colonie (risque d'effondrement significatif). Il est variable d'une étude à l'autre et dépend notamment de la pression virale associée. Dans certaines parties de l'Europe, le seuil considéré est de 2000 varroas par colonie (Vidal-Naquet, 2015). Les méthodes de suivi d'infestation existantes tendent à évaluer la pression parasitaire de la colonie, dans le but de ne jamais dépasser ce seuil au cours de la saison. Les valeurs maximales des résultats de comptage évoluent donc en fonction de la période à laquelle le comptage est réalisé. Il n'existe pas de vrai consensus sur ces dernières, qui varient dans la littérature.
A titre indicatif, pour la méthode qui nous interesse dans cet essai (comptage de varroas phorétiques au sucre glace), on considère les seuils suivants (Vidal-Naquet, 2015) :

 
Faible taux d'infestation    Taux d'infestation modéré    Fort taux d'infestation      
< 5 varroas/100 abeilles
pas de traitement immédiat    5 à 10 varroas/100 abeilles
traitement à programmer    > 10 varroas/100 abeilles
traitement d'urgence     
   
Certaines recommandations tirées de la bibliographie font état de seuils plus faibles, considérant qu'un taux d'infestation de 3% nécessite le recours à un traitement d'urgence (Noireterre, 2015).  Ces valeurs restent néanmoins indicatives. Les seuils d'infestation indiqués varient selon la période de comptage, la force de la colonie (et notamment le nombre de cadre de couvain), son environnement et la gestion du rucher par l'apiculteur. Le meilleur moyen de déterminer quel est le moment idéal pour avoir recours à un traitement acaricide consiste à faire régulièrement des tests de dépistage et à comparer leurs résultats.

Conséquences de l'infestation

La bonne gestion du parasitisme de ses colonies est déterminante pour la santé de son cheptel. En effet, un fort niveau d'infestation par cet acarien est responsable d'un affaiblissement des colonies et d'une augmentation de leurs sensibilités aux agents pathogènes (notamment biologiques et toxiques). De plus, il a été démontré que les colonies avec plus de 3 VP/100ab en début de miellée de lavande (début d'été) ont une perte potentielle moyenne de 5 kg de production (cette perte pouvant varier de 1 à 13 kg) par rapport aux colonies qui présentent un taux plus bas (ADAPI, 2016).




CONCLUSIONS DU SUIVI 2016

A défaut de pouvoir envisager l'éradication du parasite de la colonie, la gestion de l'infestation par Varroa destructor passe essentiellement par le maintien de la pression parasitaire en-dessous d'un seuil qui serait dommageable pour la colonie. Il est donc contradictoire d'envisager de pouvoir lutter correctement contre ce parasite, sans effectuer des suivis réguliers de la pression parasitaire au sein des colonies.

La réalisation de ce suivi permettant de raisonner les interventions de l'apiculteur, tout au long de la saison, il doit être envisagé comme un véritable outil de bonne pratique.

Le suivi d'infestation 2016 ayant été le premier de ce type au niveau régional, il sera reconduit pour la saison 2017, selon de nouvelles modalités et dans l'objectif de l'améliorer. Nous vous encourageons donc à y prendre part et à vous renseigner à ce sujet auprès du président de la section apicole de votre GDS départemental.


Prémila CONSTANTIN
Vétérinaire FRGDS Rhône-Alpes 


Bibliographie

Références bibliographiques
1. Noireterre, P., 2015. Varroose, gestion raisonnée du parasitisme de la ruche. Bulletin des GTV.78 :109-119.
2. Vidal-Naquet, N., 2015. Parasitic diseases. In : Honeybee Veterinary Medicine : Apis mellifera L. First Edition, Sheffield, 5m Publishing, pp 109-150.                                              
Autres documents consultés        
3. ADAPI. Le taux de varroas phorétiques pour 100 abeilles (VP/100ab) : un indicateur indispensable pour mieux appréhender la pression de Varroa dans ses ruchers. Message N°54 - Février 2016










































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